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LETTRES DU XY11« ET DU XVIII* 8IKCLE

LETTRES

DE

MME DE GRAFFIGNY

A LA MÊME LIBRAIRIE

LETTRES DU XVII9 ET DU XVIIIe SIÈCLE

Lettres Portugaises areo les réponses.

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LETTRES DU XV11* ET DU XVIII* SIÈCLE

LETTRES

HT DEGMfFiGNY

SUlYIBfl

DE CELLES DB UUH DR STAAL, d'ÉPINAY, DU BOCCAGB, 8UARD, D9 CHEVALIER DB BOUPFLERS, DU MARQUIS DE VILLBTTB, ETC., ETC.

DM

■ILATIOMS DB MARMONTEL, DE GIBBON, OB CH A BAN ON, DU MINCI 01 LIONI, DE ORÉTRT, 01 GINLIS

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EUGÈNE ASSE

Édition couronnée par V Académie française

PARIS

G. CHARPENTIER, ÉDITEUR

13, ICI DB GUENILLE SAINT-GIRMftf*, 13

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NOTICE BIOGRAPHIQUE

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Parmi les lettres que le dix-huitième siècle nous a laissées, quelques-unes des plus intéressantes ont été écrites par des hôtes ou des visiteurs de Voltaire. Té- moignages des spectateurs mêmes de sa vie, elles nous fournissent sur son existence, sur son caractère, sur ses habitudes, des détails précieux que l'on cherche- rait vainement ailleurs. Ce sont ces lettres que nous réunissons aujourd'hui dans un ensemble, dont Vol- taire forme le lien et l'unité. Les plus nombreuses sont celles que Mme de Graffigny adressa à M. Devaux pendant son séjour à Cirey, du 4 décembre 1 738 au 8 février 4739. Elles nous présentent sans voile l'in- térieur de la marquise du Ghâtelet et de Voltaire; et les premiers éditeurs ont pu, avec quelque raison, les publier sous le titre de Vie privée de Voltaire et de madame du Châtelet. Les autres, à l'exception de celles de Mme de Staal de Launay, il est question de la visite de quelques jours que Voltaire fit à Anet, chez la duchesse du Maine, en 1747, sont toutes relati- ves à la vie de Voltaire aux Délices et à Ferney, c'est- à-dire aux vingt et une dernières années de sa vie (4756-1777). Nous y avons joint les relations non

*

II NOTICE BIOGRAPHIQUE

épistolaires que d'autres visiteurs, comme Gibbon, prince de Ligne , Marmontel, Chabanon, Grétry, mi dame de Genlis, ont fait de leur séjour chez Voltair A la différence de ce qui a lieu pour madame c Graffigny, dans ces autres lettres et dans ces relatior la personne des auteurs s'efface presque complet ment devant celle de Voltaire qui y -domine. Aus diviserons-nous cette notice en deux parties : Tune, c nous ferons un tableau rapide de la vie de Mmo ( Graffigny; l'autre, nous retracerons les travaux c Voltaire dans cette dernière période de sa vie, à 1; quelle se réfère la seconde série des lettres que noi publions.

MADAME DE GRAFFIGNY

Françoise d'Issembourg -d'Happoncourt naquit Nancy le 13 février 1695. Elle était fille de Frai çois- Henri d'Issembourg, seigneur d'Happoncoui de Greux, et autres lieux, lieutenant des chevai légers, major des gardes de Léopold Ier, duc de Le raine, gouverneur de Boujay et de la Sarre, et de Ma guérite-Christine de Saureau, fille d'Antoine deSaurea baron de Houdemont et de Vandœuvre, premier maît d'hôtel du même souverain, et de Charlotte du Bui son d'Happoncourt. Par son père, elle appartenait Tune des maisons les plus anciennes et les plus illu; très d'Allemagne, la maison d'Issembourg, qui produ sit les princes souverains d'Issembourg-Birstein. Isï de la branche catholique de cette maison, Franco d'Happoncourt vint, fort jeune encore, chercher fo

NOTICE BIOGRAPHIQUE III

tune en France, sous le règne de Louis XIV, servit avec honneur sous le maréchal de Boufflers, qu'il accom- pagna comme aide de camp au siège de Namur, en 4695, et fut confirmé par le roi dans sa noblesse et dans ses titres. Son mariage, vers cette époque, avec la fille d'un serviteur du duc Léopold , contribua sans doute à le fixer en Lorraine, se poursuivit et s'a- cheva sa carrière. Par sa mère , mademoiselle d'Is- sembourg était petite-nièce du célèbre dessinateur Callot , origine assurément fort illustre , mais qu'elle paraît avoir plus apprécié que ne le faisait sa fa- mille. « J'ai entendu dire à Mme de Graffigny, ra- conte Fréron, que sa mère, ennuyée d'avoir chez elle une grande quantité de planches en cuivre gravées par Callot, fit venir un jour un chaudronnier, et les lui donna toutes pour en faire une batterie de cuisine. M"e de Graffigny gémissait de l'ignorance de sa mère, qui avait laissé perdre un trésor si précieux *. » Cette parenté artistique n'excluait pas d'ailleurs la parenté nobiliaire. La famille de Saureau devait tenir un assez grand état à la cour de Lorraine, si nous en jugeons par le mariage de la sœur cadette de Mme d'Issembourg, Elisabeth-Charlotte deSaureau2, avec le comte deLigni-

1. Fréron, Année Littéraire, 1759, t. I, p. 327. C'est à tort croyons-nous , que Fréron appelle madame de Graffigny, Margue- rite Callot. En effet, l'auteur de la Notice placée en tête de l'édi- tion de ses Œuvre* complètes, Paris 1821, lui donne le nom de Saoreau, ce qui est confirmé par le Mercure de France , et par M. le comte de Chastellux , dans ses Notes prises aux archives de VÉtat civil de Paris , qui tous deux donnent pour mère à mademoiselle de Ligni ville, nièce maternelle de madame de Graffigny, Elisabeth-Charlotte de Saureau, ou Soreau.

2. Elle mourut à Paris, le 18 mai 1762 , âgée de 62 ans, et son mari le 1 8 février 17 69 à l'âge de 7 6 ans. (Notes prises aux archives de l'État civil, par le comte de Chastellux, Paris, Du- moulin, 1875, in-8°.)

IV NOTICE BIOGRAPHIQUE

ville, chambellan du duc Léopold, et qui apparten à Tune des quatre grandes maisons de Lorraine, cel qu'on appelait les grands chevaux de Lorraine. Dis( tout de suite que ce comte de Ligniville descend d'une du Châtelet, et qu'ainsi Mme de Graffigny trouvait, par sa tante maternelle, alliée à la marqu du Châtelet , chez laquelle nous la retrouverc bientôt.

Ce qui fit défaut à Françoise d'Issembourg - d'Ha poncourt ce ne ne fut pas une noble origine , ce : la fortune; si l'on en juge par la pénurie, la avec laquelle elle eut presque toujours à lutter da son âge mûr, Ton peut croire que le patrimoine son père était assez mince. Élevée à la cour de Le raine, au milieu de cette société charmante, où, soi les auspices du duc Léopold, le meilleur et le pi aimable des princes > de sa femme, cette sœur < Régent, dont sa mère, la duchesse d'Orléans, vante douceur et les vertus, et aussi de cette belle princes de Craon qui animait tout de sa beauté et de son espr se développaient les lettres, les arts et les sciences, e y goûta les moments les plus heureux de sa vie, el forma des amitiés qui devaient plus tard être la cons lation de ses années d'épreuves et de tristesse. Le pi aimé, comme le plus fidèle de ces amis de jeunesse f Devaux, le Panpan, le Panpichon des lettres qu'on lire. en \7\% destiné à la magistrature par sa f mille, il se sentait aussi peu porté vers l'étude du dro qu'il était épris de l'amour des lettres1. Esprit lége sans beaucoup de consistance, mais facile, cœur aima

1. Il mourut à Lunéville, le 12 décembre 1796. On a de lu Les Engagements indiscrets, comédie en un acte, représentée Théâtre Français en 1 7 52 , et un Discours sur l'esprit philosophiqi lu à l'Académie de Nancy le 20 octobre 1752.

NOTICE BIOGRAPHIQUE V

et dévoué, quoique un peu vaniteux, il sut se faire ap- précier et aimer à cette petite cour, il devint, plus lard, lecteur du roi Stanislas. «Que ferai-je d'un lec- teur, dit ce prince quand on lui parla de Devaux, ce sera comme un confesseur pour mon gendre! » Ces fonctions étaient une sinécure, elles n'en convinrent que davantage à leur titulaire. Voltaire, auquel il plut comme à tout le monde, écrira de lui en \ 739 : « Je vous ai aimé depuis que je vous ai connu, et vos mœurs aimables m'ont charmé pour le moins autant que vos talents1. » De son côté, Mmo de Graffigny dans les lettres qu'elle lui adresse de Cirey, nous le re- présente comme le modèle des amis, et le plus délicat des lettrés. L'abbé Porquet, aumônier de Stanislas très apprécié, lui aussi, à la cour de Lorraine et dans la société de la marquise de Boufflers, l'a célébré ainsi :

Le ciel te prodigua tous les défauts qu'on aime; Tu n'as que des vertus qu'on pardonne aisément ; Ta gaieté, les bons mots, tes ridicules même,

Nous charment presque également. Bel esprit à la cour, et commère à la ville, Qui, comme toi, d'un air agréable et facile. Sait occuper autrui de son oisiveté, Minauder, discuter, composer vers ou prose, Et, nécessaire enfln par sa frivolité,

Par des riens valoir quelque chose ?

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Ce sont des témoignages qui peuvent balancer

l'opinion beaucoup moins favorable de- Collé :

* « C'est bien le plus sot homme et l'esprit le plu§ faux

qui soit dans la nature, une vraie1 caillette» Mme de Graf- figny avait vécu b^ucoup avec lui en Lorraine^il avait

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1. Œuvres de Voltaire éditM$eu<$lot, t. fclll! p. 499.

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VI NOTICE BIOGRAPHIQUE

été toujours bassement son complaisant, ainsi qu'il Ta tou jours été de toutes les femmes de qualité qui l'ont vouli avoir à leur suite comme un animal privé. Il est depui longtemps le souffre-douleur de M,oe la marquise de Bouf fiers de Lorraine, et est chez elle comme une espèce d valet de chambre bel esprit1. »

A côté de Devaux, il faut placer un autre ami, celui beaucoup plus tendre, mais hélas! beaucoup moin fidèle; l'aimable, le séduisant Desmarets, celui pou qui Mme de Graffigny avec plus de tendresse que goût épuise tout son vocabulaire de surnoms câlins : d< Docteur, de Gros chien, de Gros chien blanc. Fils dt célèbre musicien de ce nom2, lieutenant de cavalerie au régiment d'Heudicourt, Léopold Desmarets pâraî avoir eu plus de fatuité que de réelle affection.

Mais à l'époque nous sommes MUe d'Issembourç n'avait ni accepté ses consolations, ni éprouvé se: froideurs. Mariée très jeune à François Huguet d< Graffigny, exempt des gardes et chambellan du du< de Lorraine, la pauvre enfant vit se clore avec celt< union les années heureuses de sa vie. Violent, jusqu'i mettre en danger les jours de sa femme, aggravant se brutalités par une grande avarice, M. de Graffign; n'était qu'un tyran grossier, contre lequel l'infortuné Mmft de Graffigny dut demander protection à la justice et qui, pour d'autres faits, finit ses jours en prison Avant d'en venir à cette résolution, Mme de Graffigny qui avait eu plusieurs enfants, morts en bas âge, eu beaucoup à souffrir; la lettre suivante le dit assez

1. Journal ^Mémoires âe Collé, édit. de H. Bonhomme, Pari 1868, t.. II, p. 163.

2. Hteftfl Desniarets (1662-1741), surintendant de la musiqu du duc de Lorraine. Il composa la mjsique des opéras de Dido (1693), A'Iphigénie en Tau*Me (1704), de Renaud (1722), etc.

NOTICE BIOGRAPHIQUE VIT

«Mon père, je suis obligée dans l'extrémité je me trouve de vous supplier de ne me point abandonner et de m'envoyer au plus vite chercher par M. de Rare- cour, car je suis en grand danger et suis toute brisée de coups; je me jette à votre miséricorde et vous prie que ce soit bien vite; il ne faut dire que c'est d'autres que moi qui vous Font mandé, car tout le monde le sait1. »

Plus tard, à Cirey, conduite à raconter l'histoire de sa vie ; ce récit même atténué et sommaire, attendrit Mmft du Châtelet et fit fondre en larmes Voltaire, car comme elle le dit, «il n'a pas honte, lui, de paraître sensible. » De ces traverses il lui resta un fonds de tris- tesse qui ne se dissipa jamais : elle ne croyait plus au bonheur. «J'en suis toujours, écrivait-elle, pour ce que j'ai dit, quand on est malheureux, on l'est sans fin. » Et encore : « Je suis si convaincue que le malheur me suivrait en paradis, si j'y allais, que je me livre de bonne grâce à mon sort, et ne me plains que du peu. Croyez-en ma parole, le monde entier se renverserait plutôt que la constance de mon étoile à me persécuter.» Pour elle, le bonheur n'était plus qu'un rêve de l'ima- gination : « Ils m'ont rendu l'âme si noire, que je ne sens plus le plaisir, je ne fais que le penser1. »

Séparée enfin judiciairement de son mari, Mme de Graffigny, vécut assez misérablement d'une petite pen- sion que lui faisait Madame Royale, la veuve du duc Léopold, résidant tantôt à Nancy, à Lunéville, la société de Devaux, de Desmarets, de Saint-Lam- bert, lui faisait oublier sa mauvaise fortune, tantôt chez quelques grands seigneurs, comme les Choiseul,

* l. Isographie des hommes célèbres, 1828-1830, t. Ier. - * %. Voir plus loin p. 162.

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VIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

les Lénoncourt, les Beauvau, dans la situation d'hum- ble commensale.

Telle était sa situation lorsque le 4 décembre 4738,- elle arriva au château de Cirey, chez la marquise du Châlelet, à la famille de laquelle la rattachait un peu le mariage de sa tante maternelle avec le comte de Li- gniville. Accueillie d'abord avec empressement et dis- tinction par la marquise, par Voltaire qui pour elle déploie toutes les grâces de son esprit et le charme de ses manières ; elle voit bientôt un orage terrible fondre sur sa tête. On ne l'accuse de rien moins que d'avoir envoyé à Devaux une copie de la Pucelle, de cette Pucelle, que Mme du Châtelet gardait enfermée sous une triple serrure. Sa correspondance est retenue à son insu, décachetée... et Cirey se transforme pour elle en une succursale du fameux cabinet noir. Nous ne revien- drons pas sur ces scènes qu'il faut lire dans les lettres même de Mme de Graffigny. Elle quitta Cirey le 8 fé- vrier \ 739, après deux mois de séjour dont les trois quarts avaient été abreuvés de dégoût1.

Cependant, Voltaire, qui revenait très vite dès que la passion ne l'aveuglait plus, s'était repenti de ces procédés odieux; et l'on peut croire qu'il s'employa pour intéresser plus encore à^madame de Graffigny la duchesse de Richelieu, née princesse de Guise, au mariage de laquelle il avait contribué en 4734. Quel- ques jours avant son départ de Cirey, un peu après la terrible scène de la lettre du 29 décembre, il écrivait au duc de Richelieu :

« Il y a dans le paradis de Cirey une personne qui est

1 . Ce séjour de madame de Graffigny à Cirey, a inspire à Sainte- Beuve une de ses meilleures études. Causeries du Lundi, Paria 1858, t. II, p. 20S.

NOTICE BIOGRAPHIQUE IX

ud grand exemple de malheurs de ce monde et de la gé- nérosité de votre âme ; c'est Mme de GrafÛgny. Son sort me ferait verser des larmes si elle n'était pas aimée de vous. Mais, avec cela, qu'a-t-elle désormais à craindre ? Elle ira, dit-on, à Paris; elle sera à portée de vous faire la cour; et, après Cirey, il n'y a que ce bonheur-là V. »

Si Mme de Graffigny ne fut pas amenée à Paris par la duchesse de Richelieu, ce que prouve jusqu'à l'évi- dence ses dernières lettres à Devaux, elle trouva certai- nement près d'elle appui et protection, et même, on peut le croire, des secours pécuniaires, dont elle avait grand besoin. La pauvrette, qui ne possédait pas un sou vail- lant, lors de la scène que lui fit Mme du Châtelet, sans quoi elle aurait quitté Cirey sur-le-champ, avait eu grand' peine à trouver une petite somme de trois cents livres pour faire en février le voyage de Paris. L'hôtel de Richelieu lui fut hospitalier, et quand , le 22 août 4740, mourut l'aimable et bonne duchesse, elle ne l'oublia pas dans son testament. Un peu plus tard, en 4747, lors de son grand succès littéraire des Lettres Péruviennes , l'abbé Raynal écrivait: «Mme de Graffi- gny est veuve d'un homme de condition , major des gardes du corps du duc de Lorraine. Feue madame la duchesse de Richelieu l'amena en France, et lui a laissé en mourant une pension de 4,000 écus qui est assez mal payée2. »

L'on ne sait rien, ou du moins très peu de choses sur les premières années de séjour de Mme de Graffi-

1. Lettre au duc de Richelieu, 12 janvier 1739.

2. Raynal, Nouvelles littéraires, dans la Correspondance de Grimm, Diderot, etc., Paris, Garnier, 1877, t. 1, p. 132. Suivant Fréron, la duchesse de Richelieu aurait amené à Paris madame de Graf- figny lors son mariage, c'est-à-dire en 1734 : ce qui paraît démenti par notre correspondance. Année Littéraire, 1759, t. 1, p. 328.

X NOTICE BIOGRAPHIQUE

grty à Paris. L'on peut conjecturer seulement d'après les circonstances qui accompagnèrent sa première œuvre littéraire, parue en 1745, dans le Recueil de ces Messieurs, sous ce titre un peu bizarre : Le mauvais exemple produit autant de vertus que de vices , qu'elle fut répandue d'abord dans la société du comte de Caylus, de Collé, de Moncrif, de Pont de Veyle, de Surgères, de Maurepas, et de Duclos. Cette nouvelle, qui ne lui valut guère que des critiques, eut cepen- dant cet heureux résultat de la piquer au jeu. Ce fut en effet pour répondre à ces critiques, et dans l'es- pérance aussi de prendre sa revanche, qu'elle composa les Lettres d'une Péruvienne, qui, publiées en 1747, obtinrent le plus grand succès l. Ignorée la veille, elle se réveilla célèbre le lendemain. Cette fois Mœe de Graffigny dut se croire réconciliée avec la fortune. Trois ans plus tard, le succès de Cénie, jouée en 1750, confirma et accrut sa renommée littéraire 2.

L'épigramme suivante, du poète Roy, qui avait la spécialité de s'attaquer au talent, ne fit que consacrer le succès de Cénie :

1. Paris, 1747, in-12. Elles inspirèrent à Turgot, fort jeune alors et qui fréquentait son salon, des observations très intéres- santes dans ses Lettres à madame de Graffigny, 1751. «

2. Jouée pour la première fois le 25 juin 1750, elle eut vingt- cinq représentations, ce qui était alors un grand succès. Collé nous apprend que Duclos s'était entremis pour faire accepter à Mlle Dangeville , qui refusa , le rôle de la soubrette , ce qui con- firme ce que nous avons dit des rapports d'amitié qui existaient entre lui et Mme deGrafÛgny. Voici comment le même Collé justifie l'auteur de Cénie du reproche d'avoir imité la Gouvernante, comédie

, de LaChaussée (1 747) : « L'abbé de la Galaisière [fils de V intendant de Lorraine), m'a assuré que rien n'élail plus vrai, car cette pièce étant aux. trois quarts faite quand ce dernier donna la sienne , et qu'on a eu même toutes les peines du monde à la déterminer à achever son ouvrage, lorsqu'elle eut vu paraître l'autre. » Journal, 1. 1, p. 192, 257 et 261.

NOTICE BIOGRAPHIQUE » XI

Jeune et belle, Ton devient riche ; De jour en jour l'on s'arrondit : Vieille et pauvre on n'a que l'affiche De dévote ou de bel esprit. Ces métiers donnent à repaître; Mais le premier s'apprend sans maître» L'autre exige plus de façon : Oui jadis ; mais aujourd'hui, non. Romans, lettres, pièces sifflées D'auteurs femelles, tout est bon. Broutez donc, bêtes épaulées ; Mais au bas du sacré vallon.

La rime du premier vers était malencontreuse pour un mari dont la femme était alors publiquement entre- tenue par le financier Le Riche de la Poplinière, et c'est ce que les amis de Mme de Graffigny ne manquè- rent pas de rappeler dans une contre-épigramme qui ne mit pas les rieurs du côté de Roy l.

Son salon était' devenu un salon célèbre. C'est, disait-elle, avec les rognures des conversations qui s'y tenaient et aussi des paradoxes qui s'y débitaient, qu'Helvétius avait'composé son livre de Y Esprit. C'est aussi qu'il rencontra cette nièce charmante de Mme de Graffigny, MUe de Ligniville, qu'il épousa en 1751 8, et

1. Collé. Journal, t. I, p. 206.

2. Claude-Adrien Helvétius, seigneur de la vicomte de Voré an Perche, de Lumigny en Bije, maître d'hôtel ordinaire de la reine, en 1715, mort le 26 décembre 1771, était fils de Jean* Claude-Adrien Helvétius, conseiller d'État, médecin de la reine, mort en 1755, et de Geneviève-Noëlle de Carvoisin d'Armancourt, morte le 12 janvier 1767 âgée de 7 6 ans. Le 17 août 1751, il épousa Anne-Catherine de Ligniville, née en 1719, l'un des vingt-et-un enfants de J. -Jacques, comte de Ligniville, de la branche d'Au- tricourt, chambellan du feu duc Léopold de Lorraine, capi- taine d'une compagnie de ses gardes, et de Charlotte de Saureau (Mercure de France \ décembre 1751, p. 180). Le 3 juin précédent avait eu lieu le mariage de la sœur aînée de mademoiselle de Ligniville, Elisabeth , avec Nicolas Dedelay de La Garde* seigneur

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Xll NOTICE BIOGRAPHIQUE

à laquelle Turgot n'avait pas été insensible, si nous en croyons ce joli passage des Mémoires de Morellet :

t M. Turgot était fort lié avec Mme Helvétius dès le temps qu'il était en Sorbonne, c'est-à-dire vers 1750,

de Blancménil et du Bourget, intendant de la Dauphine , fils do Pierre Dedelay de La Garde, fermier général, mort le 10 octobre 1754, et d'Elisabeth Roussel, lequel mourut le 11 août 1783, âgé de 74 ans, peu après son fils Pierre -Nicolas, mestre de camp de cavalerie, le 19 octobre 1854, marié à Claudine-Julie Des- brest, et mort le 31 mai 1782. De son mariage avec mademoiselle de Ligniville, laquelle mourut à Auteuil le 12 août 1800, Hel- vétius eut trois enfants : Elisabeth-Charlotte, née le 3 août 1752, Claude-François-Joseph, mort le 23 avril 1758 à quatorze mois, et Geneviève - Adélaïde , qui épousa vers 17 72 Antoine -Henri, comte d'Andlau. En épousant mademoiselle de Ligniville, Hel- vétius renonça à sa place de fermier général. « La démission d'Helvétius, dit Collé, a d'autant plus surpris le gros du monde qu'on assure qu'il va se marier, et qu'il n'attendait que sa retraite des fermes pour épouser mademoiselle de Ligniville. C'est une fille de très- grande qualité, de Lorraine; sa sœur aînée vient d'épouser ces jours-ci M. de La Garde, fils du fermier général, auquel on a donné, sous cette condition, la place de son père. En sorte que si le mariage d'Helvétius se fait avec cette de- moiselle, celui-ci aura voulu n'être plus fermier général pour se marier, et celui-là n'aura voulu épouser sa sœur que pour avoir cette place. » Journal de Collé, t. 1, p. 329. Un ami d'Helvé- tius, le chevalier de Chastellux, a peint ainsi le bonheur de cette union : « Ses premiers vœux pour un bien plus doux et plus flat- teur que les vains plaisirs de sa jeunesse avaient été dignement récompensés : le choix le plus juste et le plus heureux, en fixant tous ses désirs, l'avaient déterminé pour la vie domestique ; les terres qu'il avait acquises lui offraient tous les loisirs de la cam- pagne ; des enfants aimables croissaient sous ses yeux et animaient sa retraite. » (Chastellux. Éloge d; Helvétius, s. 1. n. d. ) Nous même nous nous rappelons, dans noire enfance, et dans cette petite ville si pittoresque de Montfort-l'Amaury, pour nous si rem- plie de chers souvenirs, avoir entendu chez nos excellents amis de Biancour, leur mère et grand' mère , madame de Bjancour, née de Carvoisin , raconter bien des choses intéressantes de madame Helvétius, sa tante, près de laquelle elle avait passé une partie de sa jeunesse. Comme madame Helvétius, madame de Biancour se plai- sait à égrener de grandes grappes de maïs, dont la couleur éclatante rejouissait nos yeux d'enfant. . . Mais sont les neiges d'antan?

NOTICE BIOGRAPHIQUE XIII

lorsqu'elle était encore M1,e de Ligniville, et qu'elle de- meurait chez Mme de Graffîgny, sa taute, célèbre dès lors par ses Lettres Péruviennes. Passionné pour la littérature, il s'était fait présenter chez Mme de Graffîgny, qui ras- semblait chez elle beaucoup de gens de lettres; mais il quittait souvent le cercle, pour aller jouer au volant, en soutane, avec Minette, qui était une grande et belle fille de vingt-deux à vingt-trois ans. Et je me suis souvent étonné que de cette familiarité ne soit pas née une véritable pas- sion, mais quelles que fussent les causes d'une si grande réserve, il était resté de cette liaison une amitié tendre entre l'un et l'autre *. »

»

Quant à Helvétius, voici comment Saint-Lambert a raconté les sentiments qui le portèrent à épouser made- moiselle de Ligniville : « Il fut frappé de la beauté et des agréments de son esprit. Mais avant de songer à l'épouser, il voulut la connaître. Il la voyait souvent sans lui parler de ses desseins et du goût qu'il avait pour elle. Enfin, après* un an d'observation, il jugea que mademoiselle de Ligniville avait Pâme élevée sans orgueil, qu'elle supportait sa mauvaise fortune avec dignité, qu'elle avait du courage, de la bonté et de la simplicité. Il pensa qu'elle partagerait volontiers sa retraite et lui en fit la proposition qui fut acceptée2. »

Voltaire qui s'intéressait toujours à madame de Graf- fîgny écrivait vers cette époque :

« Mme la margrave de Bayreuth voudrait bien attirer au- près d'elle Mme de Graffîgny, et je lui propose aussi le marquis aVAdhémar... La plupart des cours d'Allemagne sont actuellement comme celles des anciens paladins, aux 'tournois pYé*s; ce sont de vieux châteaux l'on cherche '? "ïamusemenW 11 y a de belles filles d'honneur, de beAa bacheliers; on y fait venir des jongleurs. Il y a à

K Morellet, Mémoires, Paris 1822, l. I, p. 140. ^

2. Œuvres Philosophiques de Saint-Lambert, 1801 , t. V, p. 220*. *

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XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE

Bayreuth opéra italien et comédie française, avec une jolie bibliothèque dont la princesse fait un très bon usage... Pour madame la Péruvienne, elle est plus difficile à transplanter. La voilà établie à Paris , avec une considé- ration et des amis qu'on ne quitte guère à son âge. Je me fais mon procès; mais les mauvais auteurs ne pour- suivent point une femme ; ils font pour elles de plats ma- drigaux1. »

Très fréquentée et très influente, faisant des acadé- miciens et faisant aussi des affaires, Mme de Graffigny était une vraie puissance, et Guimond de la Touche lui dut en partie le succès de sa tragédie ftlphigénie en Tauride (4757)2. Prudente pour sa renommée, elle s'en tenait au double succès des Lettres Péruviennes et de Cénie. Ce qu'elle écrivait elle récrivait pour la cour de Vienne, le fils du duc Léopold, devenu l'époux de Marie-Thérèse et empereur d'Allemagne, s'était sou- venu d'elle et lui avait demandé des comédies pour être jouées en famille par les jeunes archiduchesses d'Autriche. Telle fut l'origine des pièces de Phasa et de Ziman et Zenise, qui ne furent jamais imprimées, et pour lesquelles elle reçut de l'Empereur une pen- sion de 4500 livres le reste de sa vie.

<c Mrae de Graffigny, raconte Collé, a vécu anciennement à la cour de Lorraine, et était connue de l'empereur d'au- jourd'hui. Quelque temps après que les Lettres Péruviennes eurent paru , un ami qu'elle avait à la cour de l'empe- reur lui écrivit que ce prince et l'impératrice les avaient

1. Lettre à M"»* Denis, 22 août 1750. Œuvres^ t. LV, p, 454.

2. Représentée pour la première fois le 4 juia 1757 , avec le plus grand succès. Guimond de la Touche (1723-1760) qui dans sa pièce, s'était inspiré directement de l'antiquité grecque, méritait à tous égards, par son talent comme par son caractère, 4Tfntérét que lui portait Mme de Graffigny. Voir sur lui le Journal de Colley

"t. II, 96 et 213, et la Correspondance littéraire de Grimmy t, lll, * p. 392, et t. IV, p. 223.

NOTICE BIOGRAPHIQUE XV

lues avec plaisir, et en avaient fait l'éloge; qu'elle devrait entreprendre de faire quelques comédies convenables pour cette cour ; que l'impératrice était dans le goût d'en faire jouer par les princesses et les dames qui l'appro- 'chaient; et que si celles qu'elle composerait étaient ac- ceptées, il ne doutait pas qu'elles ne lui attirassent la bienveillance et les bienfaits de l'empereur. M"e de Graf- figny s'est prêtée à cette idée ; elle a fait cinq ou six co- médies, qui ont été effectivement jouées parles princesses et les dames de la cour de Vienne ; et elles ont si bien réussi que l'empereur a envoyé, il y a environ un anuà Mme de Graffîgny, un brevet de pension de 1500 livres,và condition qu'elle ne ferait point imprimer ni ne donne- rait à aucun théâtre les comédies en question1. »

Ce n'est pas que le démon théâtral ne la tourmen- tât quelquefois et qu'elle ne se sentît portée à courir de nouveau la fortune : mais avant de céder à celte tentation, elle y résista d'abord victorieusement. Fré- ron raconte qu'elle avait écrit « un petit acte de féerie, intitulée Azor, qu'on la détourna de donner aux co- médiens comme rempli d'un sentiment trop vif et trop t«ïdre pour son âge2, » Elle se contenta de le faire ■Jouer chez elle , pour ses intimes seulement. Malheu- reusement, madame de Graffîgny se départit de cette réserve littéraire, et la chute 3e la Fille d'Aristide en 1758. lui fut d'autant plus cruelle qu'elle comptait davantage sur un succès 8, et que cette pièce avait été

1. Journal et Mémoires de Collé, édit. H. Bonhomme, Paris, 1868, 1. 1, p. 188.

2. Année littéraire, 1758, t. I, p. 328.

3. «Au commencement du mois d'août, je lus aux Comédiens français la Fille d'Aristide, qui fut reçue tout d'une voix... M"° de Grafflgny voulait garder l'anonyme, mais Gaussin l'ayant reconnue à son style, et ayant fait, d'ailleurs, quelques autres indiscrétions auparavant, la bonne dame s'est déclarée. . . Autant qu'on peut Juger d'une pièce de théâtre sur le papier, je parierais qu'elle aura un grand succès. » (Journal de Collé, t. II, p. 55.) Nous y voyons

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XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

plus pompeusement annoncée. Le bruit en était venu jusqu'à Ferney, d'où Voltaire écrivait :

« Mme de Graffigny a une comédie toute prête; son sûo ces me paraît sûr. Elle est femme, le sujet sera un ro- man, il y aura de l'intérêt, et on aimera toujours l'auteur de Cénie... On dit que Mme de Graffigny va donner une comédie grecque, l'on pleurera beaucoup plus qu'à Cénie. Je m'intéresse de tout mon cœur à son succès; mais, des tragédies bourgeoises, en prose, annoncent un peu le complément de la décadence f. »

La nouvelle pièce de Mme de Graffigny tomba à plat2. Le spirituel abbé de Voisenon, que son amitié

encore que Mlie Dangeville avait refusé un rôle dans cette pièce, et que La Thorillière, «qui devenait de jour en jour plus détes- table, » avait été fort mécontent qu'on lui eût préféré Préville, et qu'enfin Mme de Graffigny aurait retiré sa pièce après la première représentation et même ne l'aurait pas composée du tout si efle n'avait pas été pressée d'argent. « Avant de la faire jouer, dit Collé, elle avait fait demander à l'Impératrice la permission de la lui dédier. Cette dédicace eu traîne une pension ou un présent ; la dépense qu'elle fait la met sans cesse dans le cas d'avoir besoin d'argent. Elle ne m'a pas caché ni à moi ni à d'autres, auparavant qu'elle eut fait son plan de la Fille d1 Aristide, que tétait ce cruel motif qui la forçait à l'entreprendre ; et il est sûr que dans ce letnps tous ceux qui l'entouraient ont fait humainement tout ce qu'ils dnt pu pour l'empêcher de compromettre sa réputation que Cénie avait établie au-delà de ce qu'elle pouvait espérer; et à cet égard elle est d'autant moins excusable, qu'avec de la conduite et de l'économie elle était dès lors fort à son aise. » (Journal, t. II, p. 140.) Grimm, de son côté, nous apprend que la Fille d'Aris- tide, «avait été retirée, l'année précédente, d'entre les mains des acteurs au moment qu'ello devait être jouée. » Corresp, //«., t. III, p. 501.

1. Lettres du 4 août et du 13 septembre 1756. Œuvres, t. LVII, p, 151.

2. La première représentation eut lieu au Théâtre-Français le 29 avril 1 758. Grimm apprécie ainsi cette comédio : « La pièce finit et tout le monde reste dans l'admiration de la fille d'Aristide, excepté les spectateurs. On ne peut, en effet, rien voir de plus froid, de plus plat, de plus ridiculement intrigué, de plus mal conduit que cette pièce. Elle m'a paru fort mal écrite , remplie de sen-

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' MOTICE BIOGRAPHIQUE XVII

n'aveuglait pas sur la Fille d'Aristide, a raconté ainsi la chose aveo4me brièvetécruelle : « Elle me la lut, je la trouvai mauvaise: elle me trouva méchant. Elle fut jonée, .le public mourut -d'ennui et l'auteur de cha- grin. » La pauvre Mme de Graffigny mourut en effet

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le iZ décembre 4758; Collé, un de ses amis aussi, mais à l'âçafe *moins sèche que Voisenon, raconte ainsi sa mort, et nous fait ainsi son portrait :

« fce mardi 12 de mois mourut Mme de Graffigny. Un mois, ou environ, après la chute de sa pièce, elle eut une violenta&Uaque de nerfs, Ton soupçonnait d'entrer un peu d'épilepsie; le chagrin et ce qu'elle prenait sur elle pour le cacher nîoht pas peu contribué à augmenter son mal. L'obstination qu ejlea eue de ne pas se faire sai- gner a été la cause évidente de sa mort. Était-ce un bien pour elle de vivre plus longtemps ? C'est ce que je*ne dé- ciderais pas. Elle eût d'abord traîné peut-être une vie , languissante et pleine d'infirmités ; et d'ailleurs le mau- vais état de ses affaires lui